Vieillir gay, lesbienne ou trans : isolement, soins et rencontres
Les personnes LGBT+ de plus de soixante ans cumulent deux invisibilités. Leurs besoins en matière de lien et de soin sont documentés, et les réponses institutionnelles restent très en retard.

Au sommaire
Cette génération a une histoire particulière. En France, l'homosexualité a cessé d'être un délit spécifique en 1982. L'Organisation mondiale de la santé l'a retirée de sa classification des maladies mentales en 1990. Une personne de soixante quinze ans aujourd'hui a donc vécu la majeure partie de sa vie adulte dans un contexte de pénalisation puis de pathologisation.
S'y ajoute, pour les hommes gays et les femmes trans de cette classe d'âge, l'expérience de l'épidémie de sida, avec la perte massive d'un réseau d'amis au cours des années 1980 et 1990.
Ces éléments ne sont pas du passé : ils structurent la situation présente de ces personnes.
Un isolement mesuré
Les enquêtes disponibles, principalement anglo saxonnes mais convergentes avec les travaux européens, montrent des écarts nets.
Les personnes LGBT+ âgées vivent plus souvent seules que la population générale du même âge. Elles ont moins fréquemment des enfants, donc moins souvent le soutien familial qui constitue le premier recours en cas de perte d'autonomie. Elles sont plus souvent éloignées de leur famille d'origine, pour des raisons anciennes.
Le corollaire est une dépendance accrue au réseau amical, ce que les chercheurs appellent la famille choisie. Ce réseau est solide mais vulnérable : il vieillit en même temps, et il n'a aucune reconnaissance juridique.
Le retour au placard
C'est le phénomène le plus documenté et le plus préoccupant.
Plusieurs enquêtes montrent qu'une proportion importante de personnes LGBT+ dissimulent à nouveau leur orientation ou leur identité lors de leur entrée en établissement d'hébergement pour personnes âgées. Les motifs invoqués sont concrets : crainte d'un traitement dégradé par le personnel, crainte de l'hostilité des autres résidents, et pour les personnes trans, crainte des situations liées à la toilette et à l'hébergement.
Ce retour au silence a des conséquences directes. Un partenaire de longue date peut se voir refuser la qualité de proche. Une histoire de vie devient impossible à raconter, alors que la relation biographique est un outil central de l'accompagnement du grand âge. Et l'isolement s'aggrave au moment précis où le lien serait le plus nécessaire.
Des initiatives existent. En France, l'association Les Audacieuses et les Audacieux et le réseau Grey Pride portent le sujet, plusieurs projets d'habitat partagé ont vu le jour, et des démarches de labellisation d'établissements se développent, sur le modèle de ce qui existe en Allemagne, aux Pays Bas et en Espagne.
L'accès aux soins
Le renoncement aux soins est plus fréquent dans cette population, et l'explication principale n'est pas financière. Elle tient à l'anticipation d'un accueil inadapté, souvent fondée sur des expériences passées.
Plusieurs points méritent d'être connus.
Les besoins de dépistage ne cessent pas avec l'âge. Les données montrent une augmentation des diagnostics d'infections sexuellement transmissibles chez les plus de cinquante ans dans plusieurs pays européens, et un dépistage nettement moins fréquent que dans les classes d'âge plus jeunes, parce que ni les patients ni les médecins n'abordent le sujet.
Les personnes vivant avec le VIH de longue date constituent une population nouvelle en gériatrie, avec des interactions médicamenteuses et des comorbidités spécifiques encore mal maîtrisées.
Pour les personnes trans âgées, la poursuite d'un traitement hormonal et son adaptation avec l'âge relèvent de compétences que peu de médecins possèdent.
Rencontrer après soixante ans
Le sujet est traité avec une condescendance générale. Il mérite mieux.
Les difficultés sont réelles et cumulatives. Le bassin est plus restreint que pour les générations jeunes, car une part des personnes de cette classe d'âge n'a jamais été visible. Les applications sont conçues pour un autre usage et une autre tranche d'âge, avec une interface et des codes qui découragent. Les lieux communautaires historiques ont fermé ou se sont orientés vers un public jeune.
Ce qui fonctionne, d'après les associations qui accompagnent ces publics : les groupes de parole et les activités régulières, où la répétition des contacts joue son rôle habituel ; les associations thématiques, randonnée, chorale, lecture, qui existent dans la plupart des grandes villes ; et les rencontres intergénérationnelles, souvent sous estimées, qui rompent l'isolement sans viser une relation amoureuse.
Un constat revient régulièrement dans ces structures : la demande principale n'est pas une relation amoureuse, c'est un réseau. Les personnes qui reconstruisent un cercle amical rapportent une amélioration de leur situation bien plus nette que celles qui cherchent exclusivement un partenaire.
Où s'adresser
Les centres LGBT+ des grandes villes proposent des permanences et orientent vers des associations spécialisées. Grey Pride porte spécifiquement les questions liées au vieillissement. Le réseau des CeGIDD assure un dépistage gratuit et anonyme à tout âge. Et pour les questions juridiques, les consultations gratuites d'avocats proposées par les maisons de justice et du droit permettent de sécuriser une situation en une seule séance.
Questions fréquentes
Pourquoi parle t on de retour au placard en établissement ?
Parce qu'une proportion importante de personnes LGBT+ dissimulent à nouveau leur orientation ou leur identité en entrant en établissement, par crainte du personnel ou des autres résidents. Cela isole au moment où le lien serait le plus nécessaire.
Un partenaire non marié a t il des droits ?
Aucun, en l'absence de mariage ou de PACS. La désignation d'une personne de confiance, les directives anticipées, un testament et un mandat de protection future sont les seuls outils disponibles pour protéger la relation.
Le dépistage reste il utile après soixante ans ?
Oui. Les diagnostics d'infections sexuellement transmissibles augmentent chez les plus de cinquante ans dans plusieurs pays européens, alors que le dépistage y est nettement moins fréquent, faute d'être proposé ou demandé.
Où rencontrer d'autres personnes à cet âge ?
Les groupes de parole et les activités associatives régulières donnent de meilleurs résultats que les applications, conçues pour d'autres usages. Les centres LGBT+ et les associations comme Grey Pride constituent les points d'entrée les plus efficaces.


